moi, mes écrans et les autres

En 1947, alors que l’invention de la télévision commence à s’installer dans des endroits publics, un film intitulé « La télévision, oeil de demain » propose d’imaginer que cet écran, pour le moment lourd et grand, pourrait un jour être porté à la main par ses usagers privés. Présentation du film par Le Monde (la vidéo n’est actuellement plus disponible sur le site de l’Institut National de l’Audiovisuel en France).

Extrait, avec un troublant sens de l’anticipation concernant l’omniprésence future des écrans et leur utilisation dans des endroits publics:

Si nos téléphones portables ne permettent pas (ou plus) de se gratter la tête avec une grande antenne, ils peuvent être utilisés de façon semblable à cette représentation: des individus se croisent sans se regarder, les yeux rivés sur leur smartphone personnel.

Bien plus tard dans l’histoire du cinéma, un autre film envisage un usage particulier des écrans. Extrait.

Dans Wall-e (de Andrew Stanton, 2008), les humains communiquent par écran interposé, alors qu’ils sont côte à côte. Le robot Wall-e, lui, cherche à communiquer de façon la plus directe possible, et semble s’étonner du comportement de ces Messieurs.

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WALL-E, de Andrew Stanton, 2008

Sur la base de ces deux extraits, il est possible de discuter notre rapport aux écrans:

  • en quoi ceux-ci peuvent-ils nous aider à être en contact les uns avec les autres?
  • à partir de quand risquent-ils de constituer une barrière, une limitation aux échanges « IRL », « In Real Life », dans la vie réelle?

Toujours à partir des deux questions ci-dessus, commenter deux citations tirées de l’ouvrage de la collection « Que sais-je » dédié à la communication et signé Lucien Sfez:

On “ne parle jamais autant de communication que dans une société qui ne sait plus communiquer avec elle-même, dont la cohésion est contestée, dont les valeurs se délitent, que des symboles trop usés ne parviennent plus à unifier.” (p.4).

Les écrans génèrent énormément de diffusion de paroles, mais l’auteur constate globalement une perte de cohésion d’ensemble:

« on se parle de plus en plus, mais on se comprend de moins en moins.” (p.5).

Il vaut la peine de (re-)définir la communication visée, de cerner en quoi les écrans peuvent contribuer à en développer certaines facettes, mais aussi à partir de quand ils peuvent devenir une contrainte ou un obstacle à la véritable communication.

Enfin, partage d’une expérience vécue. Une ancienne voisine, dans la région parisienne, nous a signalé un changement qu’elle a constaté dans les jardins publics. Autrefois, les personnes qui gardaient leur.s enfant.s occupés sur la place de jeux prenaient place sur un banc, se regardaient un peu, et après quelque temps, engageaient la conversation. Depuis que les écrans sont devenus omniprésents, cela a changé: les personnes se retrouvent sur le même banc, mais elles sortent leur écran pour échanger avec des connaissances.

Pour prolonger la réflexion, possible de consulter la page « les rencontres IRL et la Bible » qui propose un éclairage particulier.